L'arbre qui cache la forêt

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ChristopheBernier
Un bel arbre ne "fait" pas une forêt, mais la forêt produit de beaux arbres...

Voilà une expression de langue française bien curieuse !

A l'heure où nos décideurs s'intéressent enfin aux questions environnementales et au changement climatique, la place de l'arbre et de la forêt dans notre société semblent occuper une place centrale.

Centrale dites-vous, vraiment ? Essayons d'analyser et de comprendre le phénomène. Tout d'abord, réalisons un recueil préliminaire des représentations symboliques de l'arbre et de la forêt dans notre société occidentale.

 

Différentes fonctions et points de vue sur "l'arbre"

- un symbole comémoratif : "l'arbre de la Libération, l'arbre du bicentenaire de la Révolution française, etc" ;

- une promesse électorale : "nous allons planter autant d'arbres que d'enfants scolarisés dans notre circonscription" ;

- un support de production : "j'ai ramassé plus de 100 kg de pommes cet automne mais à peine 10 l'an dernier" ;

- une menace pour la sécurité : "l'arbre de la cour de l'école a été abattu parce qu'une branche menaçait de tomber" ;

- une contrainte financière pour la collectivité : "l'élagage, le ramassage des fruits ou des feuilles, ça coûte vraiment trop cher" ;

- un peu d'ombre et de verdure le long des boulevards et des routes départementales : "ah, les beaux arbres d'alignement !" ;

- un patrimoine vivant parfois sanctuarisé : "nous avons classé le grand If du cimetière comme élément remarquable au Plan Local d'Urbanisme" ;

- un souvenir, un lien familial ou transgénérationnel : "je me souviens avoir planté ce noyer avec mon grand-père le jour de mes 10 ans".

 

Et au sujet de "la forêt", qu'obtenons-nous ?

La forêt porte une charge symbolique collective beaucoup plus forte que l'arbre :

- c'est un espace de nature "extrême" par exellence, le royaume du mystère et de la faune sauvage ;

- dans l'imaginaire populaire, c'est le royaume des sorcières, loups, champignons et salamandres ;

- les forêts sont devenus des endroits récréatifs et d'activités sportives pour nombre de citadins ;

- les forêts font partie de ces espaces publiques qui ont été fermés au public au printemps 2020... ;

- ce sont des poumons verts, on vient s'y oxygéner, se décharger du stress d'une vie à 300 km/heure ;

- ce sont des espaces de sylviculture, objet de conflits récurrents entre les différents types d'usagers ;

- certains forêts sont réglementairement protégées, médiatisées et/ou idéalisés (ex : Brocéliande).

 

Alors, un arbre peut-il vraiment cacher une forêt ?

Eh bien oui ! S'il faut des arbres pour faire une forêt, la forêt est plus qu'un simple endroit boisé. Et nous le disons haut et fort : une forêt, ce n'est surtout pas un champ planté d'arbres !

Dès lors qu'on "élève" dans un espace boisé une seule espèce d'arbre, qu'on ne sélectionne que des arbres du même âge, qu'on laboure le sol après une coupe à blanc, on ne peut plus parler de forêt mais bien de "culture d'arbres".

Une forêt n'a absolument pas besoin de l'homme pour pouvoir se développer et se maintenir à long terme. Les interventions sylvicoles n'ont qu'une seule vocation : rationaliser la gestion pour en faciliter l'exploitation. Dans un massif forestier en libre évolution, les boisements présentent une grande diversité de composition et de classes d'âge, en fonction de l'altitude, de l'exposition, de la nature des sols, de l'histoire des lieux...

Un arbre issu d'un semis naturel pousse généralement mieux en forêt qu'un arbre planté, il sera également plus longévif et son bois sera de meilleur qualité qu'un arbre issu de pépinière. Comment est-ce possible ? Parce que la ligne de vie d'un arbre est conditionnée par la façon dont il a vécu ses premières années. Un arbre issu d'une graine qui a germé en terre va produire un système racinaire très étendu et puissant... Tout le contraire d'un arbre ayant grandi en pépinière, confiné dans un godet étroit et trop petit, ou ayant subi une mutilation de son système racinaire à l'occasion d'une transplantation.

Et puis, une vraie forêt, c'est avant tout une communauté vivante interspécifique (= comprenant de multiples espèces), un espace où chacun à une place et un rôle à jouer. Il s'agit d'un jeu complexe fait d'interdépendance, d'interactions dynamique et autorégulées. Il s'agit par excellence d'un écosystème stable et autonome, apte à amortir et à supporter n'importe quelles perturbations. Dans une forêt, le pas de temps long prévaut sur l'instantané : une année représente une seconde humaine et un siècle vaut une minute.

La forêt a tout son temps, c'est l'homme qui, sans cesse, en manque. On souhaiterait pouvoir "récolter" des arbres avant qu'ils n'aient atteint l'âge adulte, on préfère que les arbres poussent droits, qu'il aient tous le même diamètre et qu'ils soient facile à exploiter... Bref, on aimerait bien avoir le beurre, l'argent du beurre et le cul de la laitière. Mais pour bien faire, on sait qu'il faut du temps parce que vite fait ; mal fait,

 

Pour aller plus loin

La peur de la nature. Un essai magistral de François Terrasson, paru en 1988 et réédité en 2020 : toujours d'actualité !

Le temps des forêts. Un film documentaire de François-Xavier Drouet sur la sylviculture française, sortie en septembre 2018

Les arbres, entre visible et invisible. Un livre incontournable d'Ernst Zürcher publié chez Actes sud (2016)

Petit arbre planté peut cacher grande forêt détruite. Éditorial de La Garance voyageuse n° 133 (printemps 2021)

Plantons des arbres ? Article d'HELICE abordant la problématique de plantation d'arbres : pourquoi et comment ?

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