Baignades naturelles : construisez un lagon dans votre jardin

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ChristopheBernier
Un bouquet de Nénuphar dans votre lagon... Succès garanti !

Les baignades écologiques et autres "piscines dites naturelles" sont à la mode... Mais attention quand même aux vendeurs de rêves. L'utilisation de sels de brome, de chlore, de traitements anti-UV et autres produits chimiques ne permettra jamais de faire de votre bassin une baignade vivante et équilibrée.

Il est quand même possible de transformer une mare ou un bassin d'agrément en authentique baignade naturelle et ce, sans l'emploi de biocides. Pour cela, il vous suffit de travailler avec la nature plutôt que d'essayer de lutter contre elle, en vain.

Plébiscitez les plantes hydrophytes ! Les hydrophytes sont des plantes aquatiques qui vivent immergées, ce sont généralement de très bons oxygénateurs et surtout de bons filtreurs des particules en suspension. Un tapis d'hydrophytes au fond de votre bassin sera votre meilleur allié pour lutter efficacement contre la turbidité de l'eau, les problèmes chroniques d'algues filamenteuses et d'autres vicissitudes inhérantes aux piscines.

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Quelques idées reçues en matière de bassins :

- 1. l'eau trouble est-elle "sale" ?

Oui et non : l'eau trouble indique que des matières fines sont en suspension, ce sont la plupart du temps des débris fins de matière organique (feuilles décomposées) et de la terre. Par contre, une eau trouble n'induit pas qu'elle contienne des microbes ou des bactéries dangereuses pour la santé. En effet, des eaux limpides, même de piscine chlorée, peuvent être infestées de microbes et de bactéries. Dans ce domaine, la couleur n'est absolument pas un indicateur de qualité de l'eau, mais plutôt de confort de la baignade et d'esthétique paysagère.

- 2. faut-il mettre des poissons ?

Non, non et non ! Mettre des poissons dans votre bassin risque fort de ruiner tous vos efforts d'aménager d'un écosystème fonctionnel. Les poissons ne sont pas adaptés aux mares ni aux bassins de baignade car ils se multiplient rapidement et déséquilibrent le milieu : ils consomment les hydrophytes, les insectes aquatiques, les pontes d'amphibiens et leurs déjections salissent l'eau. Si vous choisissez malgré tous les poissons, dites adieu à votre lagon, à vos libellules et à vos rainettes !

- 3. faut-il des plantes de surface comme le Nénuphar ?

Avec modération... Les plantes qui possèdent des feuilles flottantes ne participent pas à l'oxygénation de l'eau comme les plantes complètement immergées. En plus, elles se multiplient rapidement jusqu'à toute la surface du bassin, et vous interdiront l'accès à la baignade ! Elle finissent aussi par priver les plantes immergées de lumière. Sans lumière, pas de photosynthèse, ce qui peut provoquer l'asphyxie du bassin. Pour parer à ce risque, il suffit de planter vos nénuphars dans un pot, où il sera plus facile de les contenir dans un espace prédéfini du bassin et contrôler le système racinaire chaque automne.

- 4. que faire si les lentilles d'eau et les algues filamenteuses envahissent le bassin ?

L'apparition durable des lentilles d'eau et d'algues filamenteuses est souvent un signe d'eutrophisation du bassin. Ce phénomène peut se produire lorsque l'eau contient des nutriments en excès (parmi lesquels les fameux nitrates et phosphates) et que la végétation en place ne parvient pas à les assimiler. Les lentilles d'eau se développent dans des bassins envasés ou ombragés. Un curage drastique et un élagage sévère des arbres alentours pourra résoudre le problème. L'apparition d'algues filamenteuses peut relever d'un apport d'eau trop riche en nutriments ou bien, au contraire, d'un phénomène saisonnier naturel. En effet, à l'inter-saison (passage de l'hiver au printemps et de l'été à l'automne), la végétation aquatique ne se développe pas assez vite pour assimiler les nutriments disponibles dans l'eau. Les algues filamenteuses ayant une croissance rapide, ce sont ces plantes qui prennent le relai durant quelques semaines. Lorsque le bassin est équilibré, le processus s'arrête de lui-même : les algues filamenteuses régressent, puis finissent généralement par disparaître complètement.

- 5. est-il nécessaire d'effectuer une filtration pour renouveler l'eau du bassin ?

Non, cela ne sert qu'au maintien d'une eau transparente, mais la filtration n'apporte rien à l'équilibre du bassin, bien au contraire. Pomper de l'eau dans un bassin pour la filtrer induit la destruction de nombreux organismes qui sont à la base de l'équilibre écologique du bassin : plancton, escargots et insectes aquatiques. Même les têtards seront aspirés et tués en passant à travers les pompes. Inclure une filtration, en plus d'aller contre le principe même de baignade naturelle, artificialise l'écosystème. Ce n'est donc pas un geste anodin !

- 6. une piscine naturelle attire-t-elle les moustiques ?

Non ! Les larves de moustiques ne parviennent à se développent que dans des eaux dépourvues de prédateurs. Or, une piscine naturelle, tout comme une mare, grouille des prédateurs de larves de moustiques : notonectes, dytiques, larves de libellules, larves de tritons, etc. Les larves de moustique et notamment du Moustique tigre Aedes albopictus, peuvent se développer dans d'infimes quantités d'eau : coupelles de pot de fleur, gouttières bouchées, seau abandonné dans le fond du jardin ou du garage, mais jamais dans des bassins de grande dimension.

- 7. Y a-t-il des plantes aquatiques qu'il ne faut pas planter dans la baignage ?

Oui, bien sûr, certaines plantes aquatiques exotiques se comportent en véritables pestes végétales en Europe. Il faut absolument proscrire le Myriophylle du Brésil Myriophyllym verticillatum, toutes les espèces de Jussies Ludwigia sp, la Jacinthe d'eau Eichhornia crassipes, toutes les Elodées (Elodea spp, Egeria densa, Lagarosiphon major, etc),

- 8. Comment imperméabiliser le fond du bassin ?

Il n'existe pas de technique idéale. Les sols naturellement imperméables sont les plus adaptés pour la création de bassins, car ils ne nécessitent pas de travaux d'étanchéification, mais ils sont rares ! L'emploi d'une bâche reste la solution la moins onéreuse et la plus durable. Evitez le PVC, qui émet des particules toxiques pour la vie aquatique. Evitez aussi le béton dont la fabrication est extrêmement énergivore et polluante. Les bâches en caoutchouc de synthèse (EPDM) représentent un compromis acceptable : moins polluantes à concevoir et plus résistantes dans la durée, elles sont également très souples d'utilisation (utilisables quelque soit la forme du bassin). Préférez les bâches d'un seul tenant, cela évitera des collages et augmentera la durée de vie de votre bassin.

- 9. Quel est l'entretien courant d'une baignade naturelle ?

Pratiquement aucun au jour le jour, l'écosystème fonctionne gratuitement, 365 jours par an et 24 heures sur 24. Lorsque les plantes prennent de la vigueur, il faut veiller à éclaircir un peu les massifs à l'automne. De plus, la présence de feuilles mortes est inévitable, ce qui peut nécessiter un peu de ratissage occasionnellement. La présence de plantes aquatiques implique la production de matière organique, qui se minéralise progressivement. Une vidange et un curage du bassin une fois tous les 5 ans suffit généralement.

- 10. Peut-on utiliser les eaux de toiture pour alimenter le bassin ?

C'est même fortement recommandé ! L'eau du robinet contient du chlore et même s'il s'évapore complètement en quelques heures, l'utilisation d'eau potable pour alimenter votre bassin est un non-sens sur le plan écologique. Produire de l'eau potable coûte en effet très cher en énergie : il faut pomper l'eau dans la rivière ou dans la nappe phréatique. Il faut ensuite la potabiliser, puis la stocker et l'acheminer sous pression jusqu'à votre domicile. L'utilisation de l'eau de pluie est gratuite, n'induit aucune dépense énergétique et préserve les nappes phréatiques. Il suffit la plupart du temps de canaliser l'eau (par tubage) entre les gouttières et le bassin pour pouvoir l'utiliser...et hop, le tour est joué !

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